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Le respect du Verbe

La langue française est en danger. Deux maux la rongent dans ses racines mêmes: les anglicismes et la déconsidération toujours plus marquée de son orthographe et de sa syntaxe. Si nous ne réagissons pas, notre belle langue sera bientôt dénaturée, plate, semblable à une coquille vide. Les commerciaux et les technocrates auront gagné. La communication se sera mise à leur service. La poésie sera morte.

Si les anglicismes sont depuis longtemps entrés dans nos moeurs, l'épidémie s'est accentuée après la victoire des Alliés lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Aujourd'hui, le mal s'aggrave encore: dans les métiers de la bureautique, les professions techno-économiques, l'information, qu'elle soit télévisée, radiophonique ou écrite, l'on s'exprime dans un jargon indéfinissable, sans couleur, sans saveur, truffé d'anglicismes, qui tous, ou presque, trouvent pourtant leur traduction dans la langue française!

Certes, toute langue évolue, aucune d'entre elles ne peut rester figée. Le français n'y échappe pas. Il est contraint de s'adapter à la fulgurante évolution des technologies de ces quarante dernières années.
C'est dans ce domaine que l'irrespect de notre langue est le plus flagrant. Si, comme nous l'avons dit plus haut, la plupart des anglicismes trouvent leur équivalent français, certains de ceux-ci, en informatique surtout, sont intraduisibles. De nouveaux termes devront donc être créés. La conception de ces mots devra à tout prix se faire dans le respect le plus absolu des racines gréco-latines, piliers de notre langue. Il en va de la survie des fondements mêmes de notre culture.

Les anglicismes ne sont pas seuls à mettre en danger le français.
Il existe actuellement une tendance à vouloir libéraliser l' orthographe, et, conséquence directe, la syntaxe et ses règles, même les plus élémentaires. En arriver là équivaudrait à renier nos racines.

Nous n'en sommes pas encore à cet extrême. Mais un pernicieux processus est en marche: la majeure partie de la presse écrite fourmille de fautes de français. Les textes de beaucoup d'étudiants présentent de graves lacunes d'orthographe et de grammaire. Dans les écoles du canton de Zurich, l'anglais remplacera le français comme deuxième langue obligatoire, dès la rentrée 2005.

L'ultralibéralisme, le matérialisme à outrance nous éloignent des valeurs fondamentales, qui constituent la base même de notre qualité d'êtres humains. Nous sommes en quête de points de repère.

Le retour au respect de notre langue constituerait un premier pas vers la redécouverte de notre identité.

Pierre Bourquin





© Minux.ch, last update: 17:03:2012